Je vous présente mon texte écrit lors de ma première battle littéraire contre Any.

La contrainte était de décrire un lieu. 

 

Dix heures moins dix. La sonnerie venait de retentir. Tout le monde sortit de la salle de classe et se rua dehors, où le soleil brillait. Cindy alla dans la direction opposée, vers les casiers, afin de récupérer un devoir important, qu'elle devait rendre l'heure suivante.
- Je vous rejoins après ! lança-t-elle à Sebastien, son meilleur ami.
Elle traversa le lycée à grands pas, voulant aller le plus vite pour pouvoir elle aussi profiter de la récréation. Elle finit par arriver dans le couloir principal, l'artère de ce lycée, là où tous les lycéens allaient et venaient, parlant, courant, fouillant dans les casiers, se remaquillant devant un miroir, échangeant des potins... Bref, il y avait toujours un brouhaha presque insupportable dans ce couloir. Et pourtant... Pourtant, aujourd'hui, en arrivant vers ce couloir, pas un bruit, pas un murmure.
Elle se trouvait au bout, les casiers multicolores lui faisaient face. À sa gauche, la porte vitrée menant au secrétariat était fermée, alors qu'elle était toujours grande ouverte, la secrétaire prête à accueillir les élève. Il n'y avait aucun élève devant les casiers, rien. L'endroit au carrelage hideux et à refaire et aux murs jaunâtres dépeints et déchirés était désert.
Un bruit sourd se fit entendre derrière la jeune fille, qui se retourna aussi vite que l'éclair. La porte venait de se fermer.
« Un coup de vent » pensa-t-elle.
Elle s'avança dans l'allée, le cœur battant à tout rompre. Tout cela était étrange. Oui, étrange était le mot. Rien n'était comme d'habitude.
« Pourquoi ce serait étrange ? » se gronda Cindy. « Il fait beau dehors, et un élève de terminale a dû sûrement lancer une bataille d'eau – bien que cela soit totalement interdit par le règlement. » tenta-t-elle de se rassurer.
Mais en vain. Sa peur l'envahissait petit à petit, l'obligeant à se mettre à courir pour atteindre son casier bleu. Elle haletait, les larmes lui piquaient les yeux. Elle aurait pleuré, oui, pleuré, si elle avait été sûre de ce qu'il se passait ici. Mais elle n'en savait rien. Elle ne savait pas ce qu'il se passait ici. Et pourquoi pleurer parce que les lycéens avaient déserté le couloir principal ?
La lumière s'éteignit d'un coup. Cindy s'arrêta net. Non. Ce n'était pas qu'une désertion. Il se passait réellement quelque chose de bizarre dans cet endroit. Quelque chose d'étrange, pas naturel.
« Arrête, Cindy, c'est stupide ! Le surnaturel n'existe pas ! Ce n'est qu'une coupure de courant. Rien de plus normal. Rien de plus normal. Pas de quoi s'inquiéter. Quoi de plus normal qu'une panne de courant ? »
Elle se répéta ces mots une dizaine de fois, le temps que la lumière revienne. Mais le fait que la lumière revienne n'enleva pas le poids de la peur dans le ventre de Cindy. Pire. Ce poids devenait plus grand encore.
Certes, la lumière était revenue. Elle était revenue en grésillant. Maintenant, les néons jaunes et vieux grésillaient dans un rythme saccadé, angoissant. Cindy observait ces néons, inquiète, paralysée, attendant la suite des évènements – car elle était sûre que ce n'était pas fini.
Cette fois-ci, la lumière partit complètement, plongeant la lycéenne dans le noir le plus total.
« Pas de panique. Ces néons sont vieux, ils ont juste pétés. »
Calmement, elle sortit son téléphone portable de sa poche et l'alluma. Il l'éclairait faiblement, mais c'était suffisant pour qu'elle sorte de ce lieu, tant pis pour le devoir. Elle s'avança à pas lents vers la grande porte par laquelle elle était entrée, cette grand porte en métal froid. Elle poussa et... la porte était verrouillée. Elle poussa plus fort, secouant la poignée frénétiquement, mais rien n'y faisait.
« Tu as le droit de paniquer maintenant, Cindy ».
Puis elle se souvint qu'elle avait vu la porte à l'autre bout du couloir ouverte. Sans réfléchir, elle courut aussi vite qu'un champion olympique, évitant de regarder autour d'elle, consciente qu'une mauvaise onde hantait ces lieux.
C'était une belle porte, sûrement la plus belle de tout le lycée, faite en bois et en verre. Elle tourna la poignée, certaine qu'elle s'ouvrirait. La première fois ne marcha pas.
« Allez ! Allez ! Mais ouvre-toi. »
La porte en décida autrement, la laissant seule et dans le noir. Cindy s'écroula par terre, en proie à une immense panique. Elle se recroquevilla, la tête dans les genoux et éclata en sanglots. Oui, elle pouvait pleurer maintenant. N'importe qui l'aurait fait.
Elle releva la tête au moment où les casiers multicolores s'ouvrirent tout seuls avec fracas, brisant les attaches, déformant les portes en métal. Les feuilles et les cahiers volèrent hors des casiers et atterrirent au centre de la pièce, en désordre, mélangés, jonchant désormais le sol, formant un immense tapis de feuilles de français, de maths, de philo, ou encore d'histoire. Une fois les casiers vidés, les portes de ceux-ci se refermèrent.
Cindy voulait hurler, taper par terre, casser, appeler à l'aide, mais elle n'y arrivait pas. Le cri qu'elle voulait pousser restait coincé au fond de sa gorge. Alors, elle respira lentement. Inspirer, expirer, inspirer, expirer... C'était la clé. Ses pleurs devinrent moins importants, les sanglots ne l'étouffaient plus. Elle était calme. Tout cela n'était qu'un rêve. Peut-être qu'elle s'était endormie lors du cours d'histoire ennuyeux. Elle aurait tellement aimé.
Cindy croyait être au bout de ce phénomène étrange. Elle croyait que tout était fini. Elle se releva lentement, afin de ne pas être prise de vertige. Elle s'appuya contre le mur en pensant qu'elle était ici car elle avait fait l'erreur d'oublier un stupide bout le papier dans son casier.
Au bout du couloir, un casier s'ouvra lentement, et le manque d'huile le faisait grincer. La jeune fille retint son souffle, apeurée. Pourquoi ce casier ? Qu'est-ce qu'il y avait donc dedans ? Elle n'osa l'imaginer.
« Non, ça n'existe pas. Les fantômes n’existent pas. »
Elle hurla à s'en déchirer les tympans. Elle hurla aussi fort qu'elle le pouvait, espérant se faire entendre. Non. Ce qu'il sortait du casier n'était pas réel.
L'ombre sans visage s'avança vers elle, lentement. Elle flottait à une trentaine de centimètres du sol. On aurait dit un fantôme drapé de noir. Cindy pouvait entendre sa respiration rauque et bruyante à travers ses hurlements. L'ombre se rapprochait toujours, jusqu'à presque la toucher. Cindy s'évanouit.

- Cindy ? Cindy, réveille-toi ! Cindy !
La lycéenne reconnut la voix de son ami.
- Seb ?
- Cindy, ça va ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Les lumières, les casiers, détruits, et les feuilles, bredouilla-t-elle, embrouillée. Là, les feuilles, les cahiers, partout. Par terre. L'ombre. Elle se rapprochait. Elle était là, tout près. Elle... Les portes, je ne pouvais pas m'enfuir. Je...
Elle pleura toutes les larmes de son corps sur l'épaule de son meilleur ami.
- C'est rien, sûrement un cauchemar. Allez, viens, ça a sonné.
Il aida son amie à se relever et elle vit que les lumières éclairaient plus que jamais, il n'y avait plus rien à terre, les casiers n'étaient pas déformés... Comme s'il ne s'était rien passé.
Sebastien l'accompagna jusqu'à son casier, afin qu'elle récupère ce pourquoi elle était venue, et c'est là qu'elle aperçut le casier vert au bout du couloir... ouvert.