Je l'avais promis, le voilà, ou plutôt, les voilà ! Les deux premiers chapitres d'amour d'un autre Monde !

Au jour du 27 avril 2013, j'en suis à 50 pages pour 21 341 mots. 

L'histoire ? L'histoire d'amour entre Sirius, le méchant de secrets d'un autre Monde, et Hélène. En gros, on remonte dans le temps, 17 ans avant l'époque où se passe Secrets.


 

Partie 1 : L’amour d’une âme sœur

 

 

Chapitre 1

Hélène

 

 

 

Je me dépêche. Je dois me dépêcher. Voilà maintenant près de dix minutes que je fais attendre Nadège, ma sœur cadette, en bas. Et ce n'est un secret pour personne que Nadège n'aime pas attendre.

Je me brosse les cheveux à la va-vite. Mère dit toujours qu'une princesse héritière digne de ce nom ne doit pas sortir coiffée comme une sauvage. Pourtant, et Nadège me le dit souvent, ce sont les cheveux décoiffés qui me vont le mieux. Mais Mère ne me le permettrais pas. J'oublie le maquillage pour aujourd'hui. Après tout, être naturelle ne me ferais pas de mal. Et Mère ne me dira rien. Je la connais que trop.

         - Hélène ! hurle pour la énième fois ma sœur. Que fais-tu donc qui te prends autant de temps ?

         - J'arrive ! je lui assure.

Je prends mon petit gilet de laine, très chaud, et l'enfile. Novembre arrive à grand pas. Les feuilles ont commencées à se colorer et à tomber. Ils n'y en a presque plus sur les branches endormies des arbres. Le vent commence à souffler. Le froid se met petit à petit en place.

         - J'arrive, me voilà, je dis en déboulant des escaliers devant Nadège.

- Et bien, j'ai failli attendre. Il t'a donc fallu autant de temps pour passer un ridicule coup de brosse dans tes cheveux et ne pas te maquiller, ni te parfumer ?

         - La nuit a été dure.

- Si seulement tu cessais de te coucher à point d'heure ! Et d'organiser des bals presque chaque soir !

         - Mais tu sais que je ne pourrais me passer d'organiser des réceptions  et des bals. Et j'aimerais t'y voir parfois !

Nadège, contrairement à moi, déteste tout ce qui est bal ou réception. Elle préfère lire des livres de mille pages chacun et jouer du violon tranquillement dans sa chambre.

         - Cessons donc de parler de tes folles soirées et allons nous promener. Je t'attends depuis ce qui me semble être des heures.

         - C'est parce que tu es trop impatiente, Nadège, je lui rappelle.

Elle me prend par le bras et m'entraîne dehors, parmi les nombreuses fleurs multicolores et les fontaines monumentales du jardin. D'ailleurs, elle s'arrête à la fontaine principale, celle au centre des quatre allées qui séparaient les jardins. Depuis toutes petites, Nadège et moi trouvons cette fontaine la plus belle du monde avec ses quatre niveaux et sa sirène en haut. À chaque niveau, des dizaines des dauphins crachent de l'eau au niveau du bas.

Nadège s'arrête donc à cette fontaine qui a marqué notre enfance et fais semblant d'en boire son eau. Mais je sais très bien à quoi m'en tenir avec elle. Alors je la bat à son propre jeu. Avant qu'elle ne puisse faire quoi que ce soit, je m'approche à la vitesse de l'éclair et l'éclabousse, tachant sa magnifique robe blanche.

         - Hélène ! s'exclame-t-elle, passant d'un geste vif une main sur sa robe préférée. Je suis trempée maintenant.

J'aime la regarder parler et voir ses deux lèvres coller à cause de son rouge à lèvres rouge. Mère lui en a déjà parlé, de ce rouge à lèvre. Elle le trouve beaucoup trop rouge et fait contraste avec sa peau blanche et ses cheveux blonds clairs. Je suis jalouse des cheveux de ma sœur. Ils sont d'un blond uni et clairs, tellement que le soleil les rendent blancs. Les miens sont blonds foncés et les mèches fussent de toutes parts. Les miens sont sauvages, comme dirai Mère, tandis que ceux de Nadège sont lisses comme pas possible.

Alors que je ne m'y attend pas, Nadège riposte et me lance une gerbe d'eau. Me voilà trempée de la tête aux pieds.

         - Les filles ! Arrêtez donc avec cette fontaine, vous allez attraper la mort ! nous réprimande Mère. Vous ne deviez pas aller vous promener ?

         - Vous avez raison, Mère, lance Nadège. Hélène, après toi.

Elle me fait le geste de passer devant. Comme toujours je lui lance le regard qui lui indique que je suis prête et comme toujours, nous nous mettons à courir aussi vite que nous le pouvons jusqu'au plus haut point de la falaise. Je sais que nous allons là. Nous y allons depuis que nous sommes enfants.

Le vent souffle fort. Il me ralentit, ainsi que Nadège. Mes cheveux, qui tenaient à peu près en place avant, sont désormais emmêlés comme il se devait. Nadège en revanche, avait les cheveux aussi lisses qu'avant. Les rares feuilles multicolores qui restent tombent à notre passage, comme si le fait que nous passions les faisait tomber. Elles me tombent sur le visage.

Enfin, nous arrivons. Le plus haut point de la falaise. Un arbre y est accroché, et, avec Nadège, chaque fois que nous venons là, nous nous demandons si l'arbre sera tombé dans l'océan ou non. Voilà quinze ans que nous venons toutes les semaines environ et notre arbre n'a toujours pas bougé d'un pouce.

Nous nous arrêtons, à bout de souffle. Mains sur les genoux, j'inspire un grand coup. Cet endroit m'a manqué. Depuis mes dix-huit ans, je n'ai guère eu le temps de venir ici avec ma sœur. Mère y met de tout son âme pour me faire trouver l'âme sœur. Je ne suis jamais seule bien longtemps. Tous les hommes non-mariés de la Terre de l'Eau vont et viennent pour me rencontrer. Je vais bientôt avoir dix-neuf ans et je dois me marier quelque temps après mon anniversaire de vingt ans. Moi, de mon côté, je trouve que j'ai largement le temps pour trouver le grand amour, mais Mère ne cesse de me dire qu'une princesse doit tout avoir prévu à l'avance.

         - Qu'as-tu prévu pour aujourd'hui ? je demande.

         - Rien de spécial par rapport à d'habitude, me répond-t-elle.

Elle claque des doigts et un panier garni apparait dans ses mains. Elle l'a soigneusement préparé et l'a posé sur la table aux cuisines comme à son habitude, pour ne pas être trop encombrée. Elle a toujours été plus forte que moi en magie. D'ailleurs, elle a réussi les épreuves de nos seize ans haut la main, tandis que j'ai eu plus de mal. Mais étant l'aînée, je devais régner.

Nous mangeons, elle et moi, sous notre arbre. L'air est frais, mais après le dur été que nous venions de passer, cet air-là était le bienvenue.

Après déjeuner, nous passons des heures à observer les nuages.

         - Tu vois celui-là ? je demande. Moi je vois un visage d'homme très beau. Peut-être est-ce mon âme sœur ?

         - Ou peut-être pas. Moi je ne vois rien dans celui-là. Peut-être as-tu tellement envie de trouver l'âme sœur que tu la cherches maintenant dans le ciel ? me taquine-t-elle.

         - Tu as sûrement raison.

Nous continuons à rire et à imaginer. Mais les journées se font plus courtes et nous ne remarquons pas que le jour se met à tomber. Je commence à me lever, afin de rejoindre le palais avant que Mère ne s'inquiète, mais Nadège me retient.

         - S'il-te-plaît. Reste avec moi regarder les étoiles comme quand nous étions petites.

Je suis surprise. Nadège déteste pourtant faire ce qui est interdit. Quand nous étions petites, c'était moi qui l’obligeais à rester et je prenais l'entière responsabilité des réprimandes de Mère.

         - S'il-te-plaît.

         - Mère ne va pas être contente, je lui réponds.

         - Je sais que tu as envie de rester...

Elle m'a eue. Je déteste parler par télépathie. Je n'arrive pas à répartir comme à l'oral.

Je finis par accepter. Après tout, c'est peut-être la dernière soirée que je passe avec elle avant de trouver l'âme sœur. Et après ça, plus rien ne serait pareil.

 

 

Chapitre 2

Sirius

 

 

 

Je me hâte de rentrer. Mère va être furieuse. Et je sais mieux que quiconque que Mère se met dans une colère noire très vite. Surtout après moi.

Je rentre dans la maison en pierre dans laquelle nous vivons, ma mère et mes deux frères. D'ailleurs, je trouve Arthur avachit sur le sofa que Mère refuse que je touche. Elle dit que seul le sol est bon pour moi.

- Mère t'attends dans la cuisine, dit-il sèchement.

         - Où est Guillaume ?

         - Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu es bon qu'à ramener les courses, pas à discuter avec ce stupide de Guillaume.

         - Il ne va pas être content d'apprendre que tu l'as traité de stupide.

         - Il n'en saura rien. Tu sais ce que je peux te faire. Et ce que Mère peut faire.

Personnellement, je ne les crains pas, mais je crains que je sois un jour expulsé de la maison. Alors je fais tout ce que Mère et Arthur me demande. Je suis leur esclave.

         - Maintenant va dans la cuisine, ordonne Arthur comme si j’étais un chien.

Je ne suis pas soumis. C'est ça ou la porte. Parfois, j'envie les pouvoirs de la famille royale. Avec eux, je pourrais prendre ma vengeance sur mon frère et ma mère. Père est mort peu de temps après la naissance des jumeaux, Arthur et Guillaume. Mère me déteste depuis que je suis né et adule littéralement mes frères, surtout Arthur. Je n'aime, ni ne déteste Guillaume. C'est un timide maladif, et il se soumet en quelque sorte à Arthur, devenant complice lorsque celui-ci me frappe, et me torture. Je le comprends. Je ferais pareil, pour sauver ma peau. Guillaume n'est qu'un pion.

La cuisine n'est pas très grande. La maison ne l'est pas vraiment non plus. Nous sommes partis de la Terre de l'Air à la mort de Père pour venir ici. La reine Louise nous avait gentiment offert une maison dans la ville. Au début, j'étais petit, et j'étais content d'avoir un toit au sec, pas comme dans les campagnes. Mais maintenant, je me dis que me mère ne méritait pas tout ça. Elle ne méritait pas qu'on soit gentil avec elle. Elle ne méritait que la haine de tous.

         - Que faisais-tu ? Je t'attends depuis dix minutes.

         - Il y avait beaucoup de monde...

         - Tais-toi ! Je devrais te punir pour ton insolence et ton retard ! Mais j'ai réussi à avoir quelque chose de cher aujourd'hui, alors je te laisserais tranquille.

Mère ne travaille pas. Elle vole. Elle se fait des amis riches, se fait inviter dans leurs maisons et trouve toujours quelque chose ayant plus ou moins de valeur à voler. Puis je les revends sur le marché le samedi. Personne n'a encore remarqué que chaque vol apparaît à chaque fois que Mère entre dans une maison. Elle a sûrement une bonne étoile.

Quand Mère arrive à voler quelque chose de rare et très cher, elle est de bonne humeur et ne punis pas.

 

Le soir venu, Mère, Arthur et Guillaume mangent sur la table, tandis que je me régale des restes de la veille, ou de l'avant-veille assis par terre. Je ne suis pas un esclave. Je suis un chien. Puis je suis de corvée de nettoyer la maison de fond en comble, surtout la cuisine, où Arthur fait souvent exprès de salir pour moi.

Puis, quand j'ai enfin fini, je vais me coucher dans le grenier mal isolé et glacial les nuits d'hiver, d'une chaleur insoutenable l'été. Mère dit que je me plains sans cesse.

Je pourrais partir de cette maison. Je viens d'avoir mes dix-neuf ans. Mais où irais-je ? Je n'ai pour seule éducation ce que je lis clandestinement à la librairie, lorsque Mère m'envoie au marché. J'aime beaucoup lire. Mais je ne peux vraiment le faire souvent.

J'aimerais devenir l'apprenti du libraire, afin de rester la journée entière entouré de livres, mais sans éducation, c'est mission impossible. Je suis coincé dans cette maison, comme un chien dont le maître déteste mais garde car il sert bien.