Juste une petite annonce avant de poster le chapitre. depuis la dernière fois, c'est-à-dire le 1er avril, j'en suis désormais à la 67ème page, pour 39 406 mots. Voilà, je vous laisse lire !


 

Chapitre 2 :

Cauchemars

 

 

 

 

      Je rentre du lycée. J’ai trop hâte d’être ce soir. Ma mère a réussi à avoir des places pour le concert de Muse. Et demain, nous irons au centre commercial pour une journée shopping entre mère et fille.

      En arrivant à la maison, je vois ma mère postée à la fenêtre de la cuisine, comme si elle attendait quelqu’un d’important. Quand elle m’aperçoit, elle a d’abord un sursaut, comme si je lui avais fait peur et, en me reconnaissant, court aussi vite qu’elle peut m’ouvrir la porte d’entrée. J’ai pourtant ma clef et je ne si pas pressée que ça au point qu’on vienne m’ouvrir la porte, tout de même !

-          Entre vite, ma chérie. Vite !

      Je la sens qui commence à paniquer.

      Pourquoi me dépêcher ? Le concert n’est qu’à vingt heures et il n’est que dix-sept heures à peine. Je n’ai encore jamais vu ma mère dans un tel état de stress de ma vie.

      J’ai vite compris. Ce n’est pas pour le concert que Maman me demande de me bouger un peu les fesses, mais parce qu’il se passe quelque chose de grave. Grave. Mais quoi ?

      Elle me prend par la main et m’entraîne en courant dans le grenier. Je ne viens pas souvent au grenier, je trouve cette pièce grande, sans grand intérêt, vide et froide. Elle s’approche du vieux piano droit posé là il y voilà maintenant des années et soulève une touche du clavier sale et déconfit. Comment savait-elle que cette cachette existait ?

      Elle plonge la main à l’intérieur et en ressort délicatement un vieux parchemin rongé aux mites, délicatement afin de le pas de déchirer. Tout ce remue-ménage pour un vieux bout de papier de trois milles ans ?

      Tout aussi délicatement pour qu’il ne s’effrite pas, elle me tend le parchemin et le dépose dans ma paume de main ouverte, puis la referme.

-          Cache ce papier, m’ordonne-t-elle, la voix saccadée de terreur.

      Je me retourne et cherche une nouvelle cachette. Pourtant, l’ancienne était parfaite à mon avis.

-          Pas ici. Tu dois le garder constamment sur toi. N’en parle à personne et ne le donne sous aucun prétexte.

-          Maman…

      Ma voix aussi est remplie de terreur. J’ai peur car maman a peur. Or, elle n’a peur de rien. Je ne sais pas ce qu’il va se passer, mais ça a l’air très grave. Qu’est-ce que ce papier a de si important ? Quel secret renferme-t-il ? Ces questions me brûlent les lèvres.

-          Je n’ai pas le temps de t’expliquer.

      Sur ce, elle se précipite à la petite fenêtre et regarde au dehors. Je ne sais pas vraiment ce qu’elle y a vu, mais elle se fige.

      Soudain, un bruit sourd retentit, comme si la porte d’entrée a été forcée, ce qui doit être le cas. Toujours paralysée, ma mère me prend par les épaules et ses yeux chocolat brillants m’indiquent qu’elle veut pleurer.

-          Cache-toi ! Ils ne doivent pas te trouver !

      Elle me relâche.

-          Maman…

-          Cache-toi !

      Elle s’avance vers les escaliers et se retourne vers moi.

      « Je t’aime », dit-elle silencieusement. Je le lis sur ses lèvres.

      Ce sont des adieux. Bien qu’elle me l’ait demandé, je ne vais pas me cacher. Je vais voir à la fenêtre ce qu’il se passe dans la cour.

      Ma mère est là, entourée par dix hommes, ou femmes, habillés de longues capes rouges. Ils portent des capuchons, rouges eux aussi, qui leur masquent le visage. On dirait une secte.

      Maman se défend. Elle frappe tous les hommes qui s’approchent d’elle, les faisant valser. C’est drôle de voir maman si gracieuse et violente, elle qui ne cris jamais. Un rayon lumineux transparent opaque traverse la foule et frappe ma mère en plein fouet. Elle devient tout à coup immobile. Comme si c’était de la magie… Non. La magie n’existe pas.

      Un homme, toujours en rouge et qui porte un bâton  lui arrivant à l’épaule, que je n’ai pas encore vu, vient en direction de ma mère, dont deux hommes, ou femmes, la soutiennent par les bras pour qu’elle ne tombe pas en arrière.

-          Où est-il ? demande l’homme au bâton en susurrant.

-          Je ne l’ai pas, répond courageusement Maman.

-          Menteuse ! hurle-t-il.

      En prononçant ces mots, il donne une violente claque à ma mère, lui laissant une plaque rouge sur sa joue.

-          De toute façon, je n’ai plus besoin de toi. Je connais son existence.

      Maman devient terrifiée et tous ses muscles deviennent raides.

      Il pointe son bâton noueux vers ma mère, un autre rayon en sort et touche ma mère. Elle tombe à terre, les yeux grands ouverts et révulsés vers le ciel. La dernière chose qu’elle a vue. Car cette fois-ci, elle ne se relèvera pas. Elle est morte. Des sanglots m’étouffent. J’ai envie d’hurler, mais quelque chose m’en empêche. La voix de l’homme au bâton s’élève du brouhaha :

-          Cherchez la fille, il doit être avec elle ! Et ne la touchez pas, elle doit nous revenir vivante !

      Je comprends que c’est de moi qu’il parle et cours me cacher derrière une petite trappe, trappe que seules maman et moi connaissons.

      J’ai très bien compris que j’étais la fille, mais qui est « il » ? Le morceau de parchemin qui a l’air si important aux yeux de ma mère ? C’est tout ce que j’ai avec moi. Mais je n’ai pas le temps de réfléchir. L’apparition de deux hommes rouges tourmente mes pensées.

-          On sait que tu es là.

      Je mets ma main devant la bouche, pour ne pas qu’il entende ma respiration saccadée et mes sanglots. Pourquoi moi ? Qu’est-ce que ce parchemin cache-t-il ? J’ai envie de l’ouvrir, mais j’ai peur de ce que je peux découvrir. Je préfère le mettre dans ma poche et l’oublier pour toujours.

      J’ai très peur. Peur pour ma vie. Peur de ce qu’ils peuvent me faire. Je devais leur revenir vivante. Cela faisait peur.

      Je les entends fouiller dans les cartons, mettant sens dessus dessous le grenier et mes affaires, mes souvenirs. J’ai envie de sortir de ma cachette, mais cela causerait ma capture et peut être ma mort. Je n’ai qu’à attendre qu’ils partent.

 

      Je me réveille couverte de sueur. Quel horrible cauchemar ! Malheureusement, ce cauchemar est la vérité. Ma mère est vraiment morte comme cela, sous mes yeux. Après avoir fouillé tous les cartons, les deux hommes sont partis en jurant et j’aurais mis ma main à couper avoir entendu le bruit d’une claque sur leurs joues.

-          Allez, on se réveille ! rugit une voix. Tu ne crois quand même pas dormir jusqu’à dis heures du matin !

      Cette voix, c’est celle de Cathy, la nouvelle fiancée blondasse de mon père.

-          Lève-toi ! Et ne te rendors surtout pas !

  Gna gna gna. Je me lève comme ma chère belle-mère me l’a si bien demandé et mets mes habits. Je descends à la cuisine attrape un bol, le lait et les céréales et m’installe sur la table.

-          Coucou ma chérie !

      Mon père vient de faire son entrée. Je déteste mon père tout autant que je déteste Cathy. Je le déteste parce qu’il a osé quitter ma mère chérie pour cette grosse conne. Pour lui, la mort de Maman ne lui a pas causé un très grand choc. Il ne remarque même pas que je suis triste à en mourir. Je suis à la limite de la dépression, mais lui continue d’être heureux, tout souriant en me voyant. Mais vu que je suis obligée de vivre avec lui encore quelques mois, il essaye d’être gentil avec moi. J’ai tout ce que je veux : une télévision, un ordinateur portable, un BlackBerry… Mais je n’y touche pas en sachant que mon père me les a offert dans le seul but de m’acheter. Seulement, il y a sa conne de fiancée.

      Au lieu de lui répondre, je lui lance le regard le plus noir que je peux. Cathy arrive à ce moment-là et je change la direction de mon regard. Sauf qu’elle me renvoie le même. Elle fait exprès d’embrasser fougueusement Papa devant moi pour montrer qu’il lui appartient à elle seule et je laisse mon bol et m’en vais, dégoûtée.

 

      J’ai passé la journée dans ma chambre, pour échapper à Cathy. Il sera sept heures dans exactement cinq secondes. Quatre… Trois… Deux… Un…

-          Coralise ! hurle Cathy en martelant la porte de ma chambre avec ses poings. Sors de là immédiatement et va mettre la table !

      Comme à mon habitude, je ne réponds rien. Cathy continue de taper sur la porte, fermée à clef. J’attends cinq à dix minutes, faignant d’écouter de la musique, le temps qu’elle fulmine de colère et déverrouille la porte. Celle-ci s’ouvre et je découvre une Cathy trempée de sueur, verte de rage.

-          Oui ? je dis d’un ton innocent, comme si je n’avais rien entendu depuis le début.

-          Toi ! halète-t-elle en me pointant du doigt. Je vais réussir à convaincre ton père de te mettre dans un intern…

-          J’y suis déjà, dans un internat, si tu as oublié. Oh ! Mais que je suis bête, je remarque en me frappant le front. Il n’y a pas assez de cerveau dans ton crâne pour que tu puisses t’en souvenir !

      Je la contourne et me dirige vers la cuisine. C’est la seule distraction que j’ai ici quand je viens le week-end : embêter Cathy.

 

-          Où sont mon assiette et mes couverts ? demande Cathy, en découvrant son coin de table vide.

      Elle sait très bien où ils sont. Rangés dans les placards de la cuisine. Mon père se lève pour aller les chercher, mais Cathy l’en empêche.

-          Non, ne te dérange pas, chéri. C’est Coralise qui va le faire. N’est-ce pas Coralise ?

      Je lui souris de mon plus beau sourire ironique et faux et va à la cuisine. Je suis en quelque sorte une Cendrillon des temps modernes. Mon père est fiancé à une connasse, celle-ci me fait faire toutes les tâches ménagères et mon père ne remarque absolument rien, tout gentil et niais.