Bon, cette nouvelle étant envoyée pour le concours PIJA, je vous la fais découvrir. Personnellement, je suis fière de cette nouvelle, je trouve que je l'ai bien écrite. Et ma prof de français avait dit qu'elle avait bien aimer, que c'était léger et sans tomber dans le pathos, bref, trêve de blabla, je vous laisse lire (c'est court, ça fait huit pages word).


 

 Chères amies

 

De : Zoé

À Lyon

Chères amies,

Je suis retournée au lycée aujourd’hui. J’en ai affronté des choses. D’abord, il y avait ces gens. Ces gens qui croient qu’un simple « désolé » peut tout changer. C’est étrange de voir que sans vous, les choses, même les plus simples, perdent leur valeur. Mais le plus étrange, c’est que les gens m’évitent, je crois. Ils me laissent dans un coin et vont s’amuser, parler entre eux.

Il y avait les profs aussi. Il y avait ceux qui me comprenaient, qui m’ont laissée seule dans mes pensées, qui m’ont soutenue. Et il y avait ceux qui ne savaient rien. Ils ne connaissaient pas l’histoire. Ils se demandaient ce que je faisais, me regardant d’un air étonné.

La même question hante mon esprit. Pourquoi êtes-vous parties ? Pourquoi ne m’avez-vous pas emmenée avec vous ? J’ai besoin de vous. Sans vous, je ne suis rien. Vous êtes parties beaucoup trop vite. Je ne m’attendais pas à votre départ. Je ne vous en veux pas. Ce n’est pas de votre faute. Je regrette seulement que vous soyez parties sans moi.

 

Zoé

 

* 

De : Zoé

Dans la salle d’étude

Le 3 mars 2011

Chères amies,

 

Je me suis dit que vous aimeriez connaître la date de mes lettres. J’espère que vous avez bien reçu la première. Vous savez alors quel est mon état d’esprit. Je me répète, je sais, mais les gens m’évitent. Vraiment. Ils me laissent, dans un coin, vous savez, près du poteau où nous nous retrouvions tout le temps. Ils me laissent là, là où mon regard se perd dans la cour. Les oiseaux chantent, mais je n’arrive pas à les entendre. Je n’y arrive plus. Le vent souffle sur mon visage, mais je ne le sens pas. Toutes mes pensées sont tournées vers vous. Je ne cesse de penser à vous. Je n’arriverai pas à vous oublier. Même si je le voulais, je ne pourrais pas. C’est impossible. J’aimerais vous revoir, mais je ne sais pas où vous trouver. Vous l’avez fait exprès, je le sais, de ne rien me dire, de ne m’avoir pas laissé d’adresse. Mais peut-être que vous, vous pourriez venir me voir ici ?

Je ne sais pas si vous vous souvenez de Matthias. Vous savez, le grand, blond, avec la coupe de surfeur hawaïen, avec la peau un peu mate. Ne me dites pas que vous ne vous en souvenez pas ! Le beau gosse, comme vous disiez. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi… Bref, il est venu me voir. Au début, j’étais froide et distante avec lui. Je ne savais pas pourquoi il délaissait un instant ses amis « trop cools » pour moi, la fille à éviter. Et pourtant, il a demandé comment j’allais, si j’avais besoin de parler. Je voyais au loin ses amis rire, rire de moi et de lui qui osait m’approcher. Je lui ai dit que je n’avais pas besoin de lui, mais avant de partir, il m’a fait promettre de l’appeler, si besoin était.

C’est bien le seul à m’avoir fait cette proposition. Les profs commencent à penser que je dois oublier, tourner la page, penser à autre chose. Mais cela ne fait que deux mois que vous êtes parties. On voit qu’ils ne savent pas ce que ça fait. On voit qu’ils n’ont pas connu ça. C’est plus dur que l’on ne croit.

Ma correspondance avec vous est la seule chose qu’il me reste. Même mes parents me disent de passer à autre chose, de me faire de nouveaux amis. Ils ne me soutiennent plus. Comment des parents peuvent-ils ignorer leur enfant ? Je n’ai plus personne vers qui me tourner. Je ne sais pas quoi faire. Aidez-moi. Vous au moins, vous êtes ensemble. Parlez-vous souvent de moi ?

 

Zoé

 

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De : Zoé

En retenue

Le 17 mars 2011

Chères amies,

 

Je vous écris cette lettre alors que j’entame ma seconde heure de retenue de la journée. Tous les profs s’y sont mis, je ne vous raconte pas ! Je ne travaille plus, je ne fais plus mes devoirs. Je suis toujours perdue dans mes souvenirs. Je n’ai même pas essayé de vous oublier. À quoi bon essayer quand on sait que l’on n’y arrivera pas ?

Quand j’ai su que j’allais être collée, ça m’a tout de même fait un choc. Moi qui étais la petite élève modèle ! Alors je suis allée parler à Matthias, comme il me l’avait dit. Avant, je n’avais jamais vraiment fait attention à lui, je le voyais comme le frimeur de la classe avec son look de… comment dit-on ? Beau gosse ? Oui, son look de beau gosse et toutes les filles à ses pieds. Mais à présent, il n’y a plus que lui qui me parle. J’ai coupé tout contact avec mes parents, mes professeurs, mes anciens amis… Tout le monde. Plus personne ne me parle, et je ne parle à plus personne. Sauf à lui. Petit à petit, Matthias devient mon meilleur ami. C’est étrange, non ? Mes anciens amis m’ont totalement lâchée, et je deviens soudainement amie avec un total inconnu.

Parfois, je sens qu’il m’observe, longtemps, sans sourciller. Je ne sais pas comment l’interpréter. Tout cela est nouveau pour moi, vous savez, et je ne sais plus quoi penser. Vous qui l’avez déjà vécu, aidez-moi. Vous êtes parties. Vous vous devez me m’aider. Que lui dire ? Quoi faire ?

 

Zoé

 

P.S : Envoyez-moi un signe, je ne sais pas, moi ! Venez me voir. Vous savez où me trouver.

 

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De : Zoé

Dans mon lit

Le 19 mars 2011

Chères amies,

 

Vous avez reçu ma dernière lettre ! Comme je suis heureuse ! Je vous avais demandé un signe, et me l’avez envoyé ! Vous êtes venues dans mes rêves ! C’est pour cela que je suis là, réveillée, dans mon lit. Pardonnez mon écriture assez illisible, mais je n’ai pas de support stable !

Revenons à mon rêve. Je vous ai vues ! Vous m’avez dit de m’accrocher, que la vie continuait tout de même. Mais la vie vaut-elle vraiment quelque chose sans vous, loin de moi ? Je sais que je vous reverrai un jour, mais j’aimerais partir tout de suite, et vous rejoindre. Je crois que je ferai ça un jour. Partir. Loin d’ici, loin de tous ces souvenirs. Vers vous.

Vous m’avez dit aussi que je devais sortir un peu, comme avant, au lieu de rester cloîtrée dans ma chambre. Vous m’avez dit que je devais profiter de ma vie d’ado. Mais vous n’êtes plus là pour sortir avec moi. Vous êtes trop loin, maintenant.

Cependant, c’est ce que je vais faire. Je vais passer du temps avec mon meilleur ami. Peut-être que je reprendrai goût à la vie. Ou peut-être pas. J’aimais bien, avant, vous raconter tout ce qui m’arrivait, ou quand j’avais des doutes, vous me conseilliez. Mais ce temps est parti, envolé à l’autre bout du monde, avec vous. Il ne me reste que Matthias. Mais on ne parle pas à un garçon comme on parle à une fille. C’est tellement différent… Revenez vite.

 

Zoé

 

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De : Zoé

À Lyon

Le 2 mai 2011

Chères amies,

 

Joyeux anniversaire !

Je m’en suis souvenue. J’ai fait l’effort. Vous vous souvenez, vous, que chaque année, vous me faisiez le reproche d’oublier ? D’oublier que vous étiez nées le même jour et d’oublier la date. Cette année, j’ai fait l’effort.

Je suis dans la cuisine. Je vous attends. Je vous ai préparé votre gâteau préféré, un mille-feuilles. Bon, je l’avoue, celui-là ne ressemble pas vraiment à un mille-feuilles, mais c’est dur à faire, ce genre de pâtisserie et du coup, je l’ai raté. Je n’ai jamais su faire la cuisine, mais ça, vous le savez bien. Je me rappelle encore quand vous vous moquiez de moi car je ne savais pas comment couper la pomme pour le crumble ! Ou encore quand j’avais raté des pâtes et que nous avions dû les mettre à la poubelle. Mais j’aimais bien faire la cuisine avec vous. C’était drôle. Plus drôle que de la faire soi-même. Seule.

J’ai mis les bougies. Dix-sept. Des bleues, des roses, des blanches, des vertes, des avec des fleurs, des nounours, des qui pétillent, qui ne s’éteignent pas. J’ai pris ce que j’avais.

Elles sont allumées. De la cire coule sur le gâteau. Je vous attends. Mais dépêchez-vous, avant qu’il ne devienne un gâteau de cire.

 

Zoé

 

P.S : Votre cadeau est sur la table.

 

*

De : Zoé

À Lyon

Le 25 mai 2011

Chères amies,

 

Je vous écris de moins en moins souvent, et j’en suis vraiment désolée. Mais je vais bientôt vous rejoindre. Je le sais. J’en ressens le besoin.

J’ai fait une erreur. Une grosse erreur. J’ai fait l’erreur d’aller plus loin avec Matthias. C’était un soir, il avait réussi à m’amener à une fête… et il m’a volé un baiser. J’en suis restée surprise. Je suis partie de la fête en trombe. Depuis, je ne l’ai pas revu, mais je ne cesse de penser à lui, de chercher, d’essayer de deviner. Deviner ? Mais deviner quoi ? Mes sentiments. Je ne sais pas. Je ne sais pas si je l’aime ou non. Jusqu’à présent, je le considérais comme un ami, mon meilleur ami. Mais depuis qu’il m’a embrassée, je n’arrive pas à m’empêcher de penser à lui. C’est comme si j’y étais obligée. Je n’éprouvais rien pour lui et depuis, j’en deviens amoureuse.

Mon premier baiser, chères amies, mon premier baiser.

J’ai peur. Peur que l’amour ne brise l’amitié. C’est souvent ce qui arrive, non ? On s’aime, puis on se déteste, et toute amitié a totalement disparu. J’ai peur aussi qu’il ne s’intéresse à moi que parce que je suis différente. Que seule ma différence ne l’intéresse et pas ce que je suis vraiment. Je suis si différente depuis votre départ. Avant, je passais inaperçue, mais maintenant, je suis tel un phare dans la nuit.

Mais à présent, je l’aime. Cela ne sert à rien de le nier, puisque cette vérité est ancrée en moi. C’est bête, mais c’est comme ça. Pourquoi cela m’arrive à moi ? Qu’ai-je donc fait ? Je n’en sais rien.

 

Zoé

 

* 

De : Zoé

Sur un banc dans la cour

Le 1er juin 2011

Chères amies,

 

Je suis adossée contre les genoux de Matthias. Il regarde les nuages. Parfois, il me dérange dans mon écriture (cela peut paraître étrange, je viens seulement de commencer ma lettre, mais pas d’inquiétude, chères amies, j’ai pris l’habitude de rédiger un brouillon, je veux que mes lettres soient parfaites) pour me montrer un nuage particulier, qui lui fait penser à quelque chose. À moi par exemple. C’est niais, je sais, et j’ai toujours dit que je détestais ça. Mais c’était avant, c’était parce que je n’avais jamais vécu ça. En vérité, c’est la plus belle chose qui soit.

Et oui, j’ai accepté ses avances. Et je ne regrette rien. Pour l’instant.

Pour l’instant…

Je sais que je le regretterai un jour. Oui, je suis pessimiste, mais au fond, ne l’ai-je pas toujours été ? Je sais qu’il y en a, des amours qui commencent au lycée et qui dure toute la vie. Je sais que cela pourrait être le cas entre nous, mais pas avec vous. Je ne vous oublierai jamais et vous vivez avec moi dans mon esprit en ce moment même. Mon désir de vous rejoindre m’interdit de me projeter dans l’avenir. Et Matthias devra accepter ce choix, me partager avec vous. Et cela, c’est la cause, c’est pour cela que ça ne durera pas.

Ne vous dites pas que c’est de votre faute. C’est de la mienne. C’est moi qui ne veux pas vous oublier, qui ne veut pas vous laisser derrière moi. C’est moi qui veux vous rejoindre un jour. C’est moi qui refuse de tourner la page.

Ne culpabilisez pas. Rien n’est de votre faute. Vous avez dû partir, on n’y peut rien. Je l’ai déjà dit. Ce n’est de la faute de personne, si ce n’est de moi.

Matthias vous souhaite le bonjour. Il sait que je vous écris. Pour l’instant, il trouve cela normal. Mais après ? Ce n’est que pour l’instant.

L’instant. C’est court. Tout change. Les jours passent, suivis des mois, des années. On perd des amis, on en retrouve, on déménage, on change, on se dispute, on tombe amoureux, on vit…

L’instant… L’instant ne nous a jamais changées, nous trois. Et c’est bien la seule chose que l’instant ne changera jamais.

Je vous le jure.

Zoé

*

Chères amies,

 

  L’instant… L’instant… L’instant.

  L’instant.

  Tout change.

  L’instant.

  Où suis-je ? Je ne sais plus.

  J’ai tout perdu.

  Tout. Tout ce que j’avais.

  D’abord vous. Puis lui.

  Matthias.

  Pourquoi ? Il m’a laissé seule. Parti. Maintenant, je ne sais plus où je suis.

  Tout a changé. Rien ne sera comme avant.

  J’ai fait une erreur.

  Peut-être que je ne suis plus rien. Peut-être que je ne suis nulle part.

  Ma dernière lettre. C’est ma dernière lettre.

  Car ce soir, chères amies, je viendrai vous rejoindre.

  Ce soir, je serai comme vous.

  Je serai morte.