Chapitre 3

 

 

 

      Comme on était samedi, je me réveillai vers dix heures du matin. Mon père était déjà parti à la pêche. On était le jour de mon anniversaire, le vingt-cinq septembre. Je passai ma matinée à ne rien faire. Comme tous les samedis.

      Je mangeai seule avec ma mère comme mon père était parti pêcher. Je me demandais s'il s'amusait. Lui qui avait toujours dit que la pêche était la chose la plus ennuyante du monde. Sûrement que oui.

      Après le repas, j’attendis impatiemment Lola devant ma porte. Je restai ainsi comme cela pendant au moins un bon quart d’heure. Quand Lola arriva, je mis ma veste et nous partîmes à pied pour aller chez elle.

      Sa maison était beaucoup spacieuse que la mienne. Il y avait plusieurs baies vitrées dans le salon, ce qui le rendaient très lumineux. On pouvait aussi voir la rivière qui passait près de la forêt. À côté de la sienne, ma maison était un taudis.

  - Tu veux que je te fasse visiter ? me proposa-t-elle gentiment.

  - Oui, si tu veux.

      Elle me montra toute sa maison sauf sa chambre. Avant qu’elle ne me montre celle-ci, nous sommes tombées sur sa petite sœur de deux ans. Cheveux châtains comme sa grande sœur rassemblés en deux minuscules queues de cheval. Ses yeux étaient verts, semblables à l'émeraude. En bref, elle était le portrait craché de Lola. Elle nous adressa un grand sourire qui traversa son visage.

  - Elle est mignonne ta petite sœur !

      Lola s’adressa à sa sœur.

  - Tu veux venir avec nous ?

  - Oui ! répondit-elle.

  - Comment t'appelles-tu ? demandai-je directement à la petite.

  - Camille ! dit-elle, joyeuse.

      Lola me montra sa chambre. Elle était beaucoup plus jolie que la mienne. Il y avait plein de CD et une chaîne stéréo, un lit en pin, une bibliothèque remplie, une immense armoire en glace, et une vue sur la petite rivière à côté. Le tout était baigné d’une faible luminosité, à cause de l’ombre des arbres.

  - C’est l’heure des cadeaux ! lança-t-elle joyeusement. Tu viens ? 

  - Oui, si tu veux, soupirai-je, excédée.

      Je lui avais pourtant dis que je ne voulais pas de cadeau. Tout le monde m'en offrait des beaux, ce que je voulais, et moi, je ne savais jamais quoi offrir et le plus souvent - même si personne ne me le montrait vraiment - je voyais qu'ils étaient déçus.

      Nous sommes descendues au rez-de-chaussée avec Camille sur le dos. Et ce n'était pas une façon de parler. Elle s'était agrippée au dos de Lola et ne semblait pas prête à la lâcher.

      En arrivant au salon, il y avait plein de ballons, un gâteau, une table avec dessus un petit paquet cadeau et une grande affiche avec écrit dessus « JOYEUX ANNIVERSAIRE NATACHA ! ». Alors là, c’était vraiment trop à supporter. Comment les gens pouvaient me faire ça ?! Je détestais les artifices et être le centre de l'attention. Et je ne voulais pas être contre Lola, mais tout cela ressemblait à une fête d’anniversaire d’une enfant de dix ans. Je venais d’en avoir quinze, tout de même !

      Elle me tendit le cadeau.

  - Tiens, c’est pour toi ! Joyeux anniversaire !

      Intriguée par la petite taille du paquet, j’ouvris le cadeau soigneusement emballé et découvris un bracelet en argent. Il était magnifique. Je m'empressais de me le mettre au poignet.

  - Ça te plaît ?

  - Oui, merci beaucoup. Mais il ne fallait p...

      Elle ne me laissa pas finir ma phrase. Elle lança :

  - Le gâteau, maintenant !

         Après avoir mangé le gâteau, qui était délicieux, nous avons regardé un film jusqu’à la fin. Je vis alors qu’il était déjà cinq heures de l’après-midi. Nous sommes allées nous balader au parc avec Camille pour se dégourdir les jambes. Et oui, ce bled paumé avait un parc.

         Je rentrai chez moi vers sept heures du soir et mes parents m’attendaient avec impatience. À ma grande surprise, mes grands-parents étaient là. J’étais vraiment heureuse qu’ils soient venus. Cela faisait au moins trois mois que je ne les avais pas vus. Nous avons fait une petite fête pour mes quinze ans sur Terre. Comme par hasard, il y avait un gâteau, mais je ne voyais pas de cadeau mais un mignon petit chaton qui m'attendait, là, assis. Il était tout noir avec de petites rayures marron que l'on pouvait voir seulement lorsque l'on était tout près de lui. Je l'appelais Hibis. Cela ne voulait rien dire, mais ça sonnait bien. Il dormait dans ma chambre à côté de mon lit et me tenait compagnie. Mes grands-parents restaient dormir chez nous (ils habitaient assez loin). Nous nous sommes couchés vers dix heures du soir et je m’endormis très vite.

         Le lendemain, je ne pris pas de petit-déjeuner et allais retrouver Lola qui m’attendait dehors. Elle m’avait proposé d’aller à la fête foraine qui était installée sur la grande place (même la fête foraine venait ici). Il n’y avait pas grand-chose à faire à cette fête, je savais bien que c’était à prévoir, une fête foraine ici ? Du coup, nous sommes allées nous promener en forêt, celle qui se trouvait à côté de chez mon amie.

         Nous nous baladions depuis quelques minutes déjà, quand tout à coup, un bruit lointain se fit entendre. Nous étions trop loin pour deviner de quel animal il s’agissait.

  - Tu as entendu ce bruit ? dis-je en ayant de plus en plus peur.

  - Oui, mais ça devait être un animal, me rassura-t-elle.

         Sauf que cela n’avait pas l’air de me rassurer. Mais au contraire, je prenais vraiment peur. Et cela devait se voir sur mon visage, car Lola dit finalement avec regret :

  - C’est bon. T’as gagné. On rentre.

          Nous avons fait demi-tour. Plus on avançait vers la sortie, plus le bruit se rapprochait. Comme si la chose dont émanait ce bruit était à la sortie plutôt qu’au fin fond des bois, tapie dans l’ombre.

  - Tu n’as pas à avoir peur, ça doit être un chamois, rien de plus.

         Je n’étais pas tout à fait rassurée. Ce n'était pas un chamois. Un chamois ne faisait pas autant de bruit. D'ailleurs, je ne savais même pas à quoi ressemblait un chamois.

         En rentrant chez moi, mes grands-parents étaient prêts à partir et m’attendaient pour me dire au revoir.

 

         Je me réveillai brutalement le lundi matin - je n’avais pas cours, ce lundi matin-là - Mon portable n’avait pas réveillé que moi, mais aussi Hibis qui sortait ses griffes et avait les poils hérissés. Il n’avait jamais entendu de la musique, et crachait sur le téléphone qui continuait à vibrer et sonner. Je tentais de le calmer et décrochai en même temps.

  - Allô ? dis-je de mauvaise humeur parce qu’on me réveillait.

  - Salut Natacha ! dit joyeusement Lola qui ne se rendait pas compte qu’elle me réveillait. Tu pourrais nous garder Camille pour la soirée ?

  - Tu n’aurais pas pu me le dire au collège ? lançai-je.

  - Non. Justement. Je vais chez le dentiste ! Il n’y en a pas ici. Et ma mère doit partir à l'heure de la fin des cours. Dis oui, s'il te plaît !

  - C'est d'accord. Mais tu reviens à quelle heure ?

  - Autour de dix-neuf heures.

  - OK. Salut.

         Je raccrochai vivement et me préparai pour le collège. C’était vrai. L’après-midi, Lola n’était pas là. Ni les jumelles, d’ailleurs. Elles devenaient de plus en plus étranges et attisaient de plus en plus ma curiosité.

         Après le collège, j’allai chercher Camille chez Lola. Sa mère m’accueillit à bras ouvert avant de partir. Je ramenais alors Camille chez moi et nous avons commencé à jouer à cache-cache. Mes parents n’étaient pas là. Je ne savais pas où ils étaient, et je ne m’en inquiétais pas. Camille était cachée, je ne savais où. Je mis un bon moment avant de la trouver sous le lit des parents.

         Après cela, je lui fis prendre son dîner quand, tout à coup, les lumières s’éteignirent. D’après ce que je venais de voir, la petite avait très peur du noir. Quel gamin n'avait pas cette peur ? Je mis quelques dizaines de minutes pour la calmer et faire arrêter ses pleurs. Je me postai devant la fenêtre et vit que toute la ville était plongée dans le noir. Une panne générale.

         Juste devant moi, un violent coup de tonnerre frappa le sol. Je reculai en un violent sursaut et heurtai la table. J'aurais un énorme bleu le lendemain. Comment un éclair avait-il pu frapper aussi près ? 

         Puis il n'eut plus aucun éclair. Je n'avais même pas entendu de grondement, comme s'il n'y avait pas eu vraiment d'orage. Tous ces éclairs qui frappent si près et sans qu’aucun bruit ne précède étaient vraiment étranges. J’étais vraiment tombé dans un village bizarre.

         Le courant ne revint pas avant une heure du matin. J’avais ramené Camille chez elle vers dix-neuf heures, comme on m’avait dit. Il n’y avait toujours personne donc j’avais attendu pendant une petite demi-heure. Ça devait être à cause des lumières. Quand j'avais vu une voiture arriver, j’étais heureuse. Mais Lola ne m'avait pas parlé. Elle m'avait regardée méchamment. Mais peut-être avais-je seulement mal vu.

         Quand je fus couchée, j’essayais de récapituler les catastrophes de la semaine. Les coups de tonnerres et la coupure d’électricité générale, suivie d'un seul et unique éclair tombé pile devant ma maison. Le tout en la moitié d’une semaine ! C’était tout simplement impossible, surtout l'éclair à dix mètres de moi.

 

         En me réveillant le lendemain matin, je me demandais si les jumelles seraient là. Au collège, je vis Luna, mais pas Clémence. Quelle importance, Clémence ne semblait pas vraiment très sympathique, de toute manière. En cours de science, Luna me parla et me tendit un tout petit paquet.

  - Tiens. C’est pour toi. Joyeux anniversaire !

  - Comment l'as-tu su ?

  - Je ne parle peut-être pas, mais je sais écouter ! se vanta-t-elle.

       J’ouvris le paquet avec attention. À l’intérieur, je découvris un collier, ou plutôt un pendentif. Il avait une forme bizarre, indescriptible.

  - Qu’est-ce que c’est ? demandai-je, gênée.

  - Un porte-bonheur de chez moi.

  - Oh ! M... Merci beaucoup.

         Elle m'aida à le mettre à mon cou. Avec un peu de chance, il marcherait.