Encore une battle, contre Neik cette fois-ci. Avec la containte humoristique... aie, c'est pas mon truc l'humour, mais j'ai fait comme j'ai pu :

 

Que veux-tu faire quand tu seras grand ? 
___Je ne connais pas une question plus stupide. Comment un enfant de six ans peut-il savoir ce qu’il veut faire ? Et quelle perte de temps que de poser cette question. Tout le monde sait que l’enfant dira pour une fille : « je veux être maîtresse » ou « princesse » et pour les garçons : « je veux être astronaute » ou « pilote de formule 1 ». Rien qu’une perte de temps à écouter des gamins criards alors qu’ils pourraient se taire. J’avais dit ça aussi quand j’étais gamine, je rêvais. Résultat : je tenais la caisse du Géant. 
Jusqu’à ce que je rencontre ce petit garçon. 
___Ce jour-là, j’étais triste. Le visage dans mes mains, assise sur un banc. Le petit garçon jouait avec son ballon et celui-ci vint buter le banc sur lequel je m’étais assise pour m’apitoyer.
- Madame, pourquoi tu pleures ? 
___Je ne lui répondis pas. Je détestais les enfants, je détestais leur parler. Rien que leur voix me donnait des frissons. Mais comme l’enfant ne semblait pas vouloir partir, je lui lançai d’un ton cassant, espérant : 
- Parce que mon père est mort. 
___Au lieu de le rebuter, je lui avais donné l’occasion de parler. Je me maudissais moi-même.
- Ma grand-mère aussi. Mais je pleure pas… Je pleure plus. 
- Parfait, alors laisse-moi, le chassai-je d’un coup de main. 
- Tu sais ce que je veux ne pas être plus tard ? 
___Je le regardai avec de grands yeux ronds, si grand qu’il rigola en me voyant ma tête d’ahurie. C’était rare de voir un enfant savoir ce qu’il ne voulait pas faire. Ou du moins le dire. 
- Je ne veux pas être mort.
___Je ris de bon cœur. L’enfant se replia sur lui-même, blessé.
- Mais tu as le temps avant de mourir, tu sais ? À la place, demande-toi ce que tu veux faire plus tard. 
- Je n’aime pas cette question, elle est trop dure.
- Je vais t’aider alors. 
___Je ne sais pas ce qui m’a pris de lui proposer ça. Mais étrangement, je me sentais proche de cet enfant qui avait perdu quelqu’un. 
- Je ne sais pas moi, qu’est-ce que tu aimes ? 
- Jouer aux pokémon ! Oh oui, c’est une super bonne idée ! Je vais devenir un pokémon ! Je veux être euh… Tiplouf, parce que j’aime l’eau ! 
___Je fis la grimace. Comment pouvait-on être aussi stupide ? Même pour un enfant. Ma sœur disait que je ne devais pas y faire attention, qu’un enfant avait une imagination débordante. Vouloir devenir un pokémon, c’est un peu trop débordant, non ? 
- Non, devenir un pokémon, ce n’est pas le meilleur avenir, crois-moi.
- Ah ? Pourquoi Tiplouf il est gentil et tout joli ! Ou alors Pikachu ! Hum… Je sais pas…
- Les petits garçons aiment jouer à la police par exemple. Tu veux être policier ? 
- Ouai ! Attention, derrière toi !!
- Quoi ? hurlai-je, en proie à la panique. 
Je me retournai et ne vis rien. 
- Mais non ! Je jouais au policier ! Y’avais un méchant derrière toi ! Pfff, tu sais pas jouer. 
___Je rougis. Un gamin avait réussi à me faire peur. Je savais bien que je ne devais commencer une conversation avec l’un d’eux. Jamais. 
- Bon, pas police, je suis nul… 
- Et si tu devenais… un zombie… au moins tu ne seras pas mort.
___Je voulais m’amuser un peu et cet enfant s’en donnait à cœur joie. Soudainement, il laissa ses bras tomber vers le sol, sa bouche se tordit dans un étrange rictus et il marcha en titubant et un filet de bave tomba sur le sol. Je grimaçai de dégoût et rigolai en même temps.
- Cerveeeeaaauuux… maugréa-t-il.
___Il y se releva, essuya son menton et déclara : 
- Non, ce n’est pas drôle être un zombie… Ça fait mal au dos. Y’a un truc que je sais trop bien faire, tu veux voir ? 
___Je levai les épaules, indifférente.
- Écoute… Tu m’écoutes, hein ! Parce qu’il faut bien écouter ! Attention, vous êtes prête ?  Wesh, caille-ra ! Bien ou bien ? Bâtaaaard ! 
- Non, non, non, n’en dis pas plus ! Ce ne sont pas des mots qu’il faut dire.
- Je sais ! Mais je le fais bien, hein ? Hein, hein !! Dis, je le fais bien ! Dis, dis, dites ! piaillait-il en sautillant autour de moi.
- Stop !! je hurlai pour qu’il cesse de tourner comme cela. Tu me donnes la migraine ! Bon, cessons de jouer. Tu veux faire quoi plus tard ? Réponds et laisse-moi tranquille. 
- D’accord… Je veux aider les gens tristes, comme toi !
- Etre psychologue ? 
- Nan ! Je veux pas avoir une vieille barbe grise et des lunettes ! 
- Les psys ne sont pas tous comme ça ! 
- Si ! 
- Eh bien, c’est ce métier qu’il faut faire pour aider les gens tristes. 
- Tu dis que je suis pas obligé d’avoir la barbe et d’être vieux ?
___Je hochai positivement la tête. Que cela pouvait être bête parfois un enfant.
- D’accord, je veux bien être psychologue. Mais plus tard, hein ! Aujourd’hui, je veux jouer !
Il prit son ballon resté à terre. 
- Merci Madame ! T’es gentille et  drôle ! Dans vingt ans, vous pourrez venir vous faire psychologuer pour plus pleurer si tu veux ! Mais pas maintenant, j’ai dit, ma maman m’appelle !
___Ce jour-là, je m’étais prouvé à moi-même que cette question n’était pas si inutile que cela. Et qu’un enfant pouvait faire sécher les larmes pour les transformer en sourire.